Vous avez dit canyoning ?

Du canyoning en général, dans le Verdon en particulier.

A la simple évocation de cet anglicisme branché et cool – « Canyoning ! » – que nous préférons souvent à « canyonisme » ou « descente de canyon » se profilent généralement des perspectives joyeuses et… aventureuses : les visages s’éclairent – du canyoning ? -, on imagine des sauts extrêmes, des cascades incroyables, des toboggans à faire pâlir de jalousie les gérants d’Aqualand et autres parcs d’attractions aquatiques, un soupçon d’appréhension parcourt l’échine – ça fait peur le canyoning ?- et on se prend à rêver soudain qu’on se jette du haut de rochers immenses dans l’eau turquoise d’un bassin minuscule, là-bas, tout en bas… Mais au fait :

 

C’est quoi le canyoning ?

On pourrait définir le canyoning comme une descente de rivière encaissée (ou canyon) par des moyens pédestres – aucun bateau en vue ! – : on marche sur des sentiers escarpés pour accéder et revenir du canyon, puisqu’il se situe généralement dans une région montagneuse, on se fraie un passage dans la rivière, sur des rochers, dans l’eau, on escalade et désescalade des ressauts rocheux – des blocs -, en se faufilant parfois entre des falaises sculptées par le passage de l’eau, on utilise des techniques de cordes pour se sécuriser (mains courantes) et descendre des cascades arrosées ou asséchées en rappel, et le parcours peut être ponctué de sauts dans des « vasques » (bassins creusés dans le lit de la rivière), si la physionomie du canyon et la profondeur de l’eau le permettent.
La morphologie de la roche autorise parfois de glisser le long de véritables toboggans naturels, plus ou moins verticaux et de hauteur variable, et il faut régulièrement nager pour franchir des bassins enchassés entre les parois, pour traverser le cours d’eau, le débit de la rivière étant un élément incontournable de la difficulté et de l’engagement du canyon. Un système de cotation existe d’ailleurs, pour tenter d’évaluer la difficulté d’un canyon, qui prend en compte sa verticalité, son caractère aquatique et son engagement.

 

Engagez-vous, qu’il disait.

L’engagement est donc une notion importante de la descente de canyon, puisque cela détermine la facilité ou la complexité à sortir du canyon en cas de nécessité (conditions météo, etc.). Faire du canyoning, c’est s’engager : quand on est au fond du canyon, il faut aller jusqu’au bout pour sortir, ou rejoindre au moins l' »échappatoire » qui nous permettra de revenir à notre point de départ.
Bon, je conviens qu’expliquer les choses de cette manière peut paraître inquiétant, mais il s’agit surtout de connaître le milieu et les conditions du canyon, évaluer son propre niveau et celui des personnes qu’on accompagne, prendre des précautions quant aux conditions météorologiques.
En effet, on peut considérer que le risque principal dans la pratique du canyoning réside dans son caractère aquatique, le niveau de l’eau étant le facteur déterminant du franchissement des obstacles : si le courant est trop fort il faut pouvoir le traverser, et si le débit de la rivière est susceptible de monter en cas de pluie, il faut pouvoir s’extirper du canyon… Ou avoir prévu de ne pas y être !

 

Le canyoning est une activité de pleine nature.

Pas de quoi s’inquiéter outre mesure, car la magie des activités sportives qui se pratiquent en extérieur,  dans un milieu montagneux en particulier, opère contre un minimum de précautions et de bon sens – c’est toujours la même histoire -, et c’est cela qui est fantastique : on parcourt des milieux naturels, certains encore sauvages et préservés, des lieux étonnants et beaux, un point de vue privilégié sur une région, sa morphologie, sa géologie, ses recoins secrets et insoupçonnés… Et si en pratiquant le canyoning on est à la recherche de l’aspect ludique, bien sûr, il s’agit avant tout d’une aventure de découverte.

 

Du canyoning dans les Gorges du Verdon ?

Longtemps considéré comme infranchissable, le Grand Canyon du Verdon et ses eaux impétueuses furent descendus pour la première fois au début du XX° siècle par Mr Martel (oui oui, on trouve même dans les Gorges un sentier qui porte son nom !), au prix d’une aventure dangereuse au dénouement incertain.
Aujourd’hui encore, malgré des conditions aquatiques (et logistiques) bien différentes de celles auxquelles furent confrontés ces aventuriers (le débit du Verdon est désormais régulé par des barrages), force est de constater que les Gorges du Verdon demeurent un lieu d’aventure au caractère indompté et empreint de mystère, allez j’ose : un lieu magnétique. La fascination qu’exerce le Verdon est sans doute à la hauteur des falaises calcaires immenses, sculptées, érodées par le temps et les flots ininterrompus de la rivière du « Dieu Vert ».
Faire du canyoning dans le Verdon aujourd’hui, c’est s’immerger dans un décor grandiose et qui demeure préservé : aucune route pour accéder au fond du Grand Canyon, quelques sentiers escarpés, de rares passerelles entre les rives et les vestiges de vies passées dans un environnement rude et… vertical.

 

Dans le Verdon, le canyoning est souvent spectaculaire,

il varie beaucoup dans sa difficulté et son engagement en fonction du canyon par lequel on l’aborde :
si vous découvrez les Gorges par le Couloir Samson, vous pouvez observer le gigantisme et la majesté des falaises qui marquent l’entrée du Grand Canyon lors d’une descente plutôt facile, – mais néanmoins tributaire du débit du Verdon -, tout comme dans le canyon entre l’Estellié et l’Imbut, où vous franchissez des lieux improbables aux noms parfois évocateurs : le Styx (les portes de l’Enfer…), le Maugué (le mauvais gué) et l’Imbut, où la rivière disparaît sous un chaos de blocs immenses : ces descentes de canyon sont ponctuées de sauts pour les plus téméraires, mais c’est leur caractère aquatique qui les définit le mieux : on suit le courant – et les rapides – du Verdon à la nage, en se faufilant entre les blocs, en marchant ou en crapahutant.
En descendant dans le Verdon par le canyon de la Ferné, il faut s’affranchir de la verticalité des falaises, la hauteur des rappels est progressive jusqu’à atteindre 30m, au milieu d’un à pic de 90m qui nous sépare du lit de la rivière et d’une descente aquatique inoubliable : pas de route ici c’est sûr, aucun sentier avant la fin du parcours et des paysages grandioses à traverser.
Enfin, en se frottant à la « Big« , il nous faut composer avec le fort débit du Verdon puisqu’il s’agit d’une descente de canyon qu’on effectue les jours de lâchers d’eau, très aquatique et sportive donc, entre les parois abruptes de l’Imbut, du Baou béni, la Voute d’Emeraude, des recoins secrets du Grand Canyon jusqu’au lac de Ste Croix où nous sommes surpris, à chaque fois, de retrouver la « civilisation » après une journée passée au creux des Gorges, avec en toile de fond le calcaire des falaises et le bruit de l’eau tumultueuse du Verdon…

 

Et puis le canyoning dans le Verdon ce n’est pas que dans le Grand Canyon,

puisque les affluents tels que le Jabron permettent de découvrir un autre aspect du Verdon, en fonction des débits d’eau dans une région très influencée par le climat méditerranéen, comme dans les canyons du Riou, vertical et spectaculaire, ou du Val d’Angouire, d’autant plus beau qu’il nous faut marcher près de 2h pour en mériter la descente, et seulement au printemps, quand la pluie et/ou la neige ont été conséquentes dans l’hiver.
Le Ravin de Balène, quant à lui, constitue un véritable canyon de découverte à pratiquer en famille à quelques kilomètres de Moustiers Sainte Marie et de l’embouchure des Gorges.
Enfin, on pourrait élargir les « frontières » du Verdon et franchir les limites du Parc pour descendre les canyons de St Auban et du Riolan (voirela Maglia), pourquoi pas, un peu plus loin sur la route mais tellement incontournable dans leur genre : une forme de canyoning pourvue de sauts, de toboggans, de quelques rappels arrosés qui ressemblent fort à l’image d’Epinal qu’on se fait de l’activité : on se laisse glisser du haut de ce toboggan naturel improbable, on sourit pour faire bonne figure, mais ce petit frisson quand on s’élance…

Chandra

20 avril 2015